Saint Macron : de l’ivresse électorale aux conséquences de la démagogie

Que le nouveau président puisse être nimbé d'une aura quasi mystique, alors que nous sommes en plein dans le miniboom de fin de cycle (annonciateur d’un petit cahot conjoncturel dans les 3 à 18 mois) et après l’euphorie des premières présentations internationales, c’est classique et clôt de façon plutôt sympathique une séquence électorale éprouvante et même épouvantable. Le canon de la propagande, servi par une dizaine de filières médiatiques asservies, fait des élections législatives une simple formalité. La République en Marche obtiendra, « c’est sûr, certain, merveilleux et porteur d’un immense espoir », une majorité de godillots, format espadrille, qui permettra à notre nouveau Héros et Hérault national et européiste, de « faire les réformes que tout le monde attend depuis si longtemps ».

Pourquoi se pincer le nez devant tant d’extases ? « Il est né le divin président. Sonnez buccins, sonnez trompettes. Qu’il est beau, qu’il est charmant. Que ses grâces et ses poignées de main sont parfaites » !

Nous ne souhaitons pas gâcher une si belle fête démocratique ni ce moment de grâce républicaine. Puisqu’on entre dans le concret de la nouvelle gestion publique, il devient néanmoins nécessaire de revenir sur la malfaisance et la mauvaise inspiration de certaines mesures. Il ne s’agit pas de combat électoral mais de simple réflexion économique et « citoyenne » comme on dit aujourd’hui.

Parmi les mesures honteusement démagogiques développées pendant cette campagne, deux ont été portées par le nouveau Président énarque et son Premier Ministre énarque vient d’indiquer qu’il allait les mettre en œuvre bien qu’il les ait combattues lorsqu’il n’était pas en marche vers une jolie promotion.

La première est une vraie honte : pour avoir une sucette à proposer aux salariés, donc aux personnes en emploi, une forme de privilégiés en ces temps de chômage de masse, la démagogie électorale sans scrupule a conduit à proposer de transférer les cotisations salariales maladie et chômage sur… les retraités, les fonctionnaires et les épargnants.

Cela revenait à dire : moi candidat Président, je me sens autorisé à piquer directement de l’argent aux uns pour les donner aux autres pour me faire élire. Le but est purement électoral. Il s’agit d’un pur et simple achat de vote. L’effet sur la compétitivité des entreprises est nul, puisque le transfert n’affecte pas le coût salarial, simplement le net du bulletin de paie. « J’affiche un gain concret et je reporte une autre mesure, le prélèvement à la source, pour que ce gain se voit ». Habile, non ?

Lorsque le prélèvement à la source sera mis en œuvre, le gain apparent sera totalement gommé. L’effet électoraliste se dissipera. Mais qu’importe, on sera élu. Il ne s’agit que d’une habileté électoraliste. Il faut avoir « des mesures pour le pouvoir d’achat » pour se faire élire. On les a trouvées là. 

Dans la pratique, cela veut dire que tous les fonctionnaires vont voir leur paie diminuer de 1.7 %. Si on avait proposé cette mesure seule, à quelle révolte n'aurions-nous pas assisté ? Gageons que dans le silence des négociations, des accommodements seront trouvés. Après tout il suffit d’augmenter les salaires des fonctionnaires pour compenser. Compensation : le mot a déjà été prononcé.  Il reviendra dans l’actualité, mais un peu plus tard.

En revanche les retraités « riches » ( 60 % des retraités, la richesse a bon dos !) seront directement frappés et pas qu’un peu. La perte de disponible ne sera pas de 1.7 %. Il faut considérer le net disponible après impôts et après les frais fixes de logement. Compte tenu des niveaux d’impôts et l’aggravation des coûts du logement (doublement des prix immobiliers et frais imbéciles liés aux lois de type Duflot), le net-net « disponible » est en moyenne de 20 % et dans les tranches hautes, négatif. Les retraités fortunés savent tous qu’ils ne s’en sortent qu’en vendant une partie de leur épargne chaque année. La perte de disponible sera donc en moyenne de l’ordre de 20 % et dans des dizaines de milliers de cas de plus de 30 et dans bien des cas de soumis à l’ISF, notamment à Paris, de 100 %. Et plus. Cette mesure va aggraver la fuite des retraités vers des cieux fiscalement plus cléments. A nous le Portugal ou l’Italie !

Quant aux épargnants, on réduit le rendement des placements de 1.7 %. Sachant qu’il est historiquement bas (moins de 1 %) et souvent négatifs après ISF et inflation, il s'agit d’une pure spoliation. Le taux marginal d’impôt passera à près 68 %, chiffre tellement délirant, qu’il sera naturellement intenable tant les conséquences seront négatives. Rien de tout cela n’a de rationalité économique ou sociale. Il s’agit d’un simple vol électoral, dont les conséquences ne seront que négatives, sauf pour l’état qui s’y retrouvera largement.

Élire des Enarques a un coût fiscal national toujours très élevé.

La seconde mesure électoraliste honteuse est l'exonération de taxe d’habitation pour 80 % des assujettis. Il s’agit du même registre électoraliste : il faut donner du cash aux classes nombreuses pour répondre à la question clé de l’électeur consumériste : « que ferez-vous pour mon pouvoir d'achat » ?

Moins de 50 % des Français paient l’impôt sur le revenu. Moins de 20 % paieront donc la taxe d’habitation qui est l’impôt le plus simple à comprendre : participer aux frais de gestion de son lieu d'habitation, vraiment le minimum de ce qu’on peut exiger. Que la majorité des Français ne paient en apparence aucun impôt direct, voilà l’idée. On récupère tout sur la CSG et la TVA, impôts invisibles. Tel est le rêve des Inspecteurs du Trésor depuis des lustres. On taxe à mort les riches, qui ne peuvent pas fuir, en épargnant les très-très riches, et on libère, en apparence, « les masses » de tout effort fiscal.

Cette hypocrisie est le schéma élémentaire de l’Inspecteur des finances de basse comme de haute extraction, c.a.d. tendance Trésor. Quand on élit des Inspecteurs des Finances, on a les idées de l’Inspection des Finances. Surprise ! Surprise !

Les classes moyennes et moyennes supérieures sont des vaches à lait. Les très, très riches sont des associés. Le populo est une masse électorale qu’il faut soigner pour gagner les élections.

Le cynisme est total et tout le monde se prosterne, bouleversé par tant d’humanité et d’astuce. De Gaulle aurait, paraît-il, constaté que « les Français sont des veaux ». Comme souvent, il avait bien vu. Ils vont à l’abattoir fiscal en chantant des cantiques avec des couronnes de fleurs d’oranger sur la tête.

Notons que rien de tout cela n’aura d’effet sur la compétitivité des entreprises françaises.

La bonne politique était tout autre. La hausse du pouvoir d’achat des Français ne peut venir que de la croissance de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Actuellement les grandes entreprises conduisent une politique suicidaire : elles augmentent les salaires plus vite que le PIB, pour conserver les salariés efficaces dans le cadre de la mondialisation, quitte ultérieurement à délocaliser. A quoi rime d’accélérer encore le mouvement ? Cette attitude avait déjà été la leur face aux trente-cinq heures : on accepte tout quitte à revenir sur des accords d’entreprise antérieurs, en encaissant les avantages. Puis on délocalise.

Le drame de l’économie française étant son manque de compétitivité, il fallait faire totalement autrement.

-          Augmenter la TVA pour transférer en partie sur les produits étrangers les frais supplémentaires de sécurité sociale. Elle n’aurait pratiquement aucun effet sur les prix dans la conjoncture actuelle.

-          Supprimer les 35 heures et porter à quarante heures la durée normale de travail, tout en rendant plus souple la répartition du temps de travail à travers l’année.

-          Éliminer celles des mesures Auroux, Rocard, Jospin et Hollande qui ont verrouillé totalement et étouffé les relations sociales dans l’entreprise et mis les juges en position de ruiner l’entreprise.

-          Déplacer tous les seuils qui empêchent qu’une entreprise devienne moyenne puis grande.

-          Reprendre la procédure budgétaire locale, départementale et régionale pour empêcher les dérives imbéciles constatées depuis 1981 et la décentralisation pourrie mise en place par Deferre.

On annonce que des résultats similaires seront obtenus en renvoyant sur des accords dérogatoires d’entreprise les réformes nécessaires. C’est une double escroquerie. D’abord parce que les politiques n’ont pas le courage de défaire eux-mêmes ce qu’ils ont mal fait. Ce sont des règles politiques nationales qu’il faut casser. L’affaire doit se passer au Parlement, pas dans les entreprises. La plupart des entreprises ne pourront rien négocier. L’inversion du droit social met le feu aux syndicats sans véritable efficacité. Le type même de la mesure perdante pour tout le monde.

Le cas du licenciement est caricatural et exemplaire à la fois. Giscard et Chirac d’abord, puis tous les gouvernements qui ont suivi, ont fait semblant de considérer que le licenciement était totalement illégitime. Ils ont légiféré sans cesse pour le rendre sinon impraticable, du moins horriblement lent et coûteux. Il est devenu impossible de s’opposer aux comportements sciemment malhonnêtes de salariés sans scrupule, d’ailleurs jamais dénoncés.

Il faut savoir qu’il y a en moyenne en France cent démissions pour un licenciement. Un futur salarié sur dix qui a signé un contrat d’embauche ne se présente pas le jour du début de son contrat. Il a trouvé autre chose dans l’intervalle qui lui convient mieux. Sanction ? Inexistante. La presse de Normandie donnait le mois dernier, l’exemple, tellement fréquent, d’un embauché qui, à peine sa période d’essais faite, s’était mis en arrêt maladie bidon et voulait négocier une indemnité de départ… Coût pour le malheureux artisan, 50 000 euros après deux années de galère (Vous ne pouvez pas licencier un salarié malade même si la maladie est bidon, ce qui dans le cas d’espèce a été reconnu par le tribunal qui n’a d’ailleurs pas sanctionné le médecin complice. Et vous ne pouvez pas recruter alors qu’un contrat nouveau devait être satisfait par l’embauche effective d’un spécialiste). Qui croit que l’inversion de la préséance de droits sociaux changera quoi que ce soit à ces véritables escroqueries, dont les greffes des tribunaux regorgent à travers toute la France, avec des spécialistes multirécidivistes qu’il est interdit de dénoncer sous peine de poursuites ?

Le courage aurait été de reconnaître qu’il n’y a pas de licenciement structurellement abusif en soi. L’entreprise doit pouvoir rapidement adapter ses effectifs à sa stratégie et à ses marchés. Pratiquement partout dans le monde, il existe un barème négocié en fonction de la durée dans l’entreprise et la collectivité prend le relais pour permettre la réinsertion ailleurs de celui qui n’a plus de rôle utile dans son travail antérieur. Seuls les licenciements collectifs majeurs de plusieurs dizaines ou centaines de salariés font l’objet de procédures collectives contraignantes.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de licenciement individuel abusif. Débaucher des cadres chez le concurrent puis les virer peu après est un acte de compétition déloyale. À ce titre il doit être indemnisé par le voyou. Certaines querelles de personnes sont également fautives. Cela ne concerne qu’un nombre ridiculement petit de cas. À peine quelques centaines par an. Nul besoin d'inverser les règles du droit social ni d’inventer des solutions intenables. Il faut que le législateur réduise la notion d’abus de licenciement à quelques cas bien cernés. Le reste doit être sorti du cadre judiciaire. Là encore, les hauts fonctionnaires, qui ne risquent jamais leur place, sont les plus mal placés pour fournir des solutions. Les Enarques Giscard et Chirac avaient commencé dans le délire avec l'autorisation préalable de licenciement. On continue dans le délire avec les faux-semblants des Enarques Macron et Philippe.

« Laissez leur chance, ils vont dans le bon sens » crie la vox journalandi.

Il faut avoir le courage de dire : NON ! CE N’EST PAS VRAI. Car ce n'est pas vrai.

L’affaire de l’exonération de charges sociales salariales et de l’exonération de l’impôt local n’a aucun intérêt national et n’aura que des effets négatifs à court, moyen et long terme.

L’affaire du renvoi vers l'entreprise dans des conditions absurdes et dans la plupart des cas impraticables du droit social abusivement étouffant est un détournement de responsabilité. Le non-traitement au fond du caractère « abusif » du licenciement est une défaillance de la volonté politique et non l’inverse.

Dans la même veine de faux-semblants s’ajoutent le simple report sans annulation de l’impôt à la source et les palinodies autour d’une mesure aussi caricaturalement technocratique que le « compte pénibilité ».

Comme il n’y a, par ailleurs, aucune réduction de l’emprise d’un secteur public démentiel et qui travaille peu, avec une productivité infime, on ne peut que livrer ce constat :

Nos deux énarques, et d'abord le divin Emmanuel, n’avaient qu’un projet électoral individuel épaulé par une caste et quelques affidés.

Au final, il ne restera de tout ce déballage qu’une hausse fiscale et des mesures cosmétiques et d’apparence qui suffiront sans doute à satisfaire Bruxelles, mais n’auront aucun effet certain sur l’emploi, qui dépendra de la conjoncture internationale dont nous profiterons moins que les autres comme d’habitude.

La haute fonction publique est en marche contre la nation depuis 1974. En grand danger de perdre ses privilèges et son emprise, elle a trouvé dans le Divin Emmanuel et quelques réseaux de financiers parasites de l’État, ou d’organes de presse soudoyés et aux abois, l’occasion de perdurer dans leur étranglement de la nation qui travaille et qui fait la prospérité et la dignité de ce pays.

Non. Définitivement non. Nous ne marchons pas dans la combine. Il n’y a strictement rien à attendre des premiers pas de l’équipe Macron, sinon des mesures démagogiques et cosmétiques.

Beaucoup verront dans cet irrédentisme, « le négativisme d’un fieffé groupe de déclinistes qui se roulent dans la fange de la critique systématique ». Nous considérions que le premier Macron, celui qui contestait les blocages de la « gauche vraiment de gauche » était intéressant. Depuis la parution du livre Révolution, vide de chez Vide, et des annonces démagogiques et électoralistes de Macron II, nous trouvons que tout cela s’apparente à un attrape-nigaud.

Après tout, il y aura peut-être un Macron III un peu plus proche des nécessités nationales. Ce qui est en train de se préparer avec la relance de l’Europe fédérale, avec budget européen et abandon de toute souveraineté économique, ne laisse rien présager de tel. On va vers plus d'enchantements médiatiques et de virevoltes émouvantes et moins de responsabilité française, moins d’efficacité concrète, moins de solidité économique.

L’impôt européen sera sans doute l’acmé de l'épisode Macron. Les « masses » n’y verront que du feu. Elles croient ne plus payer aucun impôt ! M. Juncker et sa Commission viennent de pondre un texte parfaitement clair sur les intentions des Eurolâtres antinationaux. Tout doit passer par la Commission, nouveau Gouvernement de l’Europe Unie, sous le contrôle « démocratique » de l'Assemblée Européenne.

En attendant l’électeur français est sommé de se prosterner dans l’adoration du nouveau Messie interplanétaire et anglophonophile, « à l’œil et la main d’acier ». Stupéfié par un engouement si sûr, l’OCDE en a profité pour publier dans toutes langues possibles sauf le Français, son dernier rapport de conjoncture, rédigé naturellement par une économiste américaine. Pourquoi se gêner ?

Le Français, né malin, comme chacun sait, s’est fait la spécialité d’être constamment un cocu électoral magnifique, avec le choix répété de présidents consternants depuis Pompidou. Mais rarement, depuis peut-être Pétain, on l'avait vu dans une telle extase du n’importe quoi trompeur et débilitant.

 



Statistiques : éviter le fétichisme autour des chiffres annoncés dans la presse

Assurer l'autonomie de l'INSEE

Un des aspects les plus crispants de la discussion économique publique est cette double difficulté d’interprétation des statistiques :

-          Peu de gens connaissent la manière dont elles sont conçues et beaucoup font donc des contresens parfois gigantesques dans l'interprétation des chiffres publiés.

-          Les chiffres sont en général des estimations qui s’affinent progressivement et au final la chanson n’est pas toujours la même, même si l’air ressemble. La politisation de l’INSEE laisse toujours planer le doute sur la manipulation des chiffres. Le changement de mode de calcul permet souvent de brouiller un peu plus les pistes, même s’il est bien intentionné. Du coup, entre prévisions, prévisions corrigées, estimations, estimations corrigées et calculs définitifs, on constate des différences parfois très considérables.

Méconnaissance et incertitudes comptables rendent donc l’interprétation des statistiques publiques, dans la sphère médiatique et politique, particulièrement hasardeuse et parfois trompeuse.

L’INSEE vient de donner les chiffres définitifs et les estimations de l’évolution du PIB depuis… 2 014.

Cela veut dire que depuis 3 ans nous vivions avec des chiffres provisoires sur la valeur de l’indicateur essentiel de la vie économique.

Jusqu’ici, le gouvernement socialiste se vantait d’une croissance en pleine accélération : 0.8 en 2014 et 1.2 en 2015. En vérité, la croissance était atone à 1 %., avec une montée infime à 1.1 % en 2016. Alors que la reprise était partout sensible danse monde, la France montrait un électroencéphalogramme absolument plat, totalement atypique par rapport aux autres sorties de récession depuis 1945. On se souvient qu’à quatre reprises, les annonces faites étaient : une année en reprise avec accélération l’année suivante. Ce discours optimiste a été systématiquement démenti par les faits. Mais il a bercé la nation, pendant qu’on la lessivait fiscalement, ce qui était le principal.

La période en cours, est en matière de conjoncture, une phase haute du cycle équivalente aux années 1988-1991, 1997-2000, 2006-2007. La seule différence est dans la faiblesse des taux de croissance, notamment en Europe et surtout en France, asphyxiée par la pression fiscale.

Après une accélération finale, la suite est, en général, une contraction de la croissance. La précédente ayant été très forte, celle à venir serait modérée. Après une phase de stagnation aussi importante, il est impossible qu’il y ait un énorme krach. Les bourses risquent évidemment une correction assez forte. Mais l’activité elle-même ne devrait connaître qu’un ralentissement pas une véritable récession, les bulles spéculatives qui exploseront étant pour l’essentiel purement financières et monétaires et n’ayant que peu de corrélations avec le crédit aux entreprises. Ces dernières ont très peu investi, préférant accumuler du cash et racheter leurs actions pour maintenir les cours (et la valeur des stock-options).

La conjoncture française, qui suit la conjoncture mondiale avec un effet retard et une décote, s’améliore très doucement mais va être étouffée par la hausse massive de la CSG exigée par Macron, une erreur colossale. Bien sûr le Trésor a fait que la CSG soit un impôt complexe et largement incompréhensible. Mais si on s’en tient à l’essentiel, l’Inspecteur des finances Macron veut faire passer le taux de 15.5 à 17.2 %, soit une hausse de 11 % environ (sous réserve des modalités de détail), avec un taux marginal de prélèvement de près de 67 %. Il aurait été mille fois plus sage de laisser tranquille la CSG et d’augmenter la TVA, avec un impact sur le prix de marchandises importées relativement faible, et une petite amélioration de la compétitivité prix de l’économie française. Cela aurait un poil dopé nos exportations et aurait permis de réduire notre déficit commercial.

L’effet de la CSG sera extrêmement négatif sur la demande, les fonctionnaires et les retraités étant les plus frappés, en même temps que tous les investisseurs qui se retrouveront avec des rentabilités marginales, après inflation, négatives !

Rappelons que la CSG frappe le revenu disponible net-net et que l’impôt sur le revenu frappe la part saisie par la CSG. La CSG est un « impôt sur l’impôt », le summum de la prédation du Trésor, la merveilleuse trouvaille de l’Inspection des finances en majesté. Le revenu net-net est celui qui reste une fois payé les impôts et les frais fixes de logement. Pour beaucoup des ménages concernés, la hausse prévue aura un impact de plus de 10 % sur le revenu disponible. Pour quelques dizaines de milliers d’entre eux, la perte sera supérieure (parfois très supérieure) à 20 %.

Il s’agit bien d’un nouvel écrasement fiscal, qui sera masqué par des exonérations pour les « faibles revenus », la démagogie habituelle. Ajouté à la hausse de l’inflation (dont on ne tient pas compte avec la CSG), les effets sur le revenu disponible seront majeurs, surtout pour les retraités. De cela, pas un mot dans la presse.

Que l’Enarchie ait choisi de porter à des taux confiscatoires un impôt qui taxe du revenu déjà taxé et du faux revenu lié à l’inflation, ne choque absolument personne. Comme on ne fera aucune correction du champ déraisonnable de « l’action publique » (le terrain de jeu des énarques), comme on ne veut pas toucher au temps de travail d’une administration pléthorique, et comme la petite reprise de croissance va faire jouer la progressivité globale de l’impôt, on va vers un nouveau début de quinquennat fiscalement aggravé. Macron n’a rien compris aux excès des deux premières années du quinquennat Hollande où il était le principal conseiller économique et où il a cautionné une augmentation démentielle de la pression fiscale. Le but est toujours le même : augmenter les impôts au début pour faire un geste électoral pour la réélection. Plus cela change, plus c’est la même chose !

Au total, on voit que la presse ne permet pas au pays de se faire une véritable idée de ce qui se passe. Les chiffres du PIB ne sont ni compris ni mis en perspective intelligemment et on a vu qu’ils ont servi à tromper le pays en vue des élections. On voit aussi que la présentation des hausses d’impôts en point et non pas en vrai pourcentage (pour la CSG 1.7 au lieu de 11 %), est une nouvelle tromperie.

Pour éviter ces dérives, il n’y a qu’une solution : sortir l’Insee du périmètre gouvernemental et en faire une institution autonome rattachée au Parlement ; rendre toutes les statistiques accessibles gratuitement aux institutions universitaires d’économie et à toutes les institutions privées d’analyse de la conjoncture ; faire en sorte que les tableaux de bord publiés et les documents genre « l’économie Française » puissent voir leur contenu discuté publiquement afin de faire ressortir les vraies informations utiles et pas seulement ce qui arrange l’Inspection des Finances.

L’idéal serait de prévoir des sessions de formation à l'interprétation des chiffres pour les journalistes (notamment de télévision) afin qu’ils évitent de servir le communiqué comme des porte-voix débiles et asservis, alors même qu’ils se piquent de faire du « décryptage » (alors qu’il s’agit le plus souvent d’une simple désinformation).

Une merveille de pronunciamiento !

L’Enarchie Compassionnelle, un instant menacée, conserve et étend son pouvoir

Chaque époque génère son élite, c’est-à-dire une sélection des meilleurs pour diriger le pays. Jusqu’à ce que cette élite apparaisse pour ce qu’elle devient toujours : une caste cherchant à maintenir et étendre ses privilèges. Il faut une révolte forte ou une catastrophe pour remettre périodiquement le jeu à zéro.

Lors de la Fronde, l'élite venait du clergé qui sélectionnait les meilleures têtes dans des séminaires qui étaient le summum de la formation. Nous eûmes Richelieu et Mazarin. L’armée a également été longtemps une pépinière de grands esprits. Napoléon, Lyautey, De Gaulle sont exemplaires d’une élite polyvalente sortie de leur spécialité d’origine. En Thaïlande, aujourd’hui même, l’armée est l’école des élites du pays. En Chine, le Parti joue le même rôle, à l’instar de tous les pays socialistes qui ont généré ainsi leur propre nomenklatura, jusqu’au jour où…

En France, la République est construite sur la sélection ouverte à tous d’un enseignement dérivé de celui de l’Église catholique et longtemps remarquable. Dans le domaine militaire, dans celui des ingénieurs et dans celui des gestionnaires, la course aux grands emplois est conditionnée par une réussite scolaire initiale dans des disciplines de l’esprit.

Rien de cela n’est choquant. Que l’État dégage une élite dont il a besoin est difficilement critiquable.

Il arrive malheureusement que cette élite ne reste pas à sa place et se substitue au souverain. Lorsque Louis XIV affirme « l’État c’est moi », il vire sans ménagement le haut clergé du pouvoir et le remet à sa place, en même temps que les Princes et la noblesse frondeuse. Cela ne se passe pas toujours aussi bien. Lorsqu’il faut retourner à la banalité des jours, la Caste vaincue a tendance à se rebiffer voire se révolter. Dans les pays où l’élite est militaire, le pronunciamiento est la règle. On a vu en Turquie les élites militaires refuser de s’incliner devant les nouvelles élites politico-religieuses. En Russie, le KGB, un instant remis en cause dans son hégémonie, a repris le pouvoir avec Poutine, sachant que l’élite du pays a été formée pendant des décennies par le KGB qui gérait tout, de la police à l’économie, de la diplomatie à l’agriculture, du tourisme à la politique culturelle.

Dans le cas de la France, une partie des Hauts Fonctionnaires considère depuis la défaite de mai 1940 que les députés issus du suffrage universel n’ont pas tout à fait le niveau qu’il faudrait. Ils ont entrepris, à leur propre compte, une réflexion sur ce que devrait être la France et considéré que l'élection était un « piège à cons » qu’il fallait circonvenir. Leur idée : seul le haut fonctionnaire a une vision dégagée de toute considération intéressée et mesquine. De plus il est formé sur toutes les questions régaliennes ou autres. Et lui seul. En dépit de beaux succès sous Pétain (la sécurité sociale, l’encadrement des métiers) et pendant la Quatrième République (avec l’arrivée au poste de Président du Conseil d’inspecteurs des finances jeunes et brillants comme Felix Gaillard et Bourges Maunoury), ce n’est qu’à partir de 1974 et l’accès au pouvoir de Giscard et de Chirac, deux énarques jeunes et ambitieux, que l’Enarchie s’est réellement mise en place, avec comme idéologie « l’arbitrage de la société ». L’Énarque croit pouvoir arbitrer entre le patron et le salarié et dépasser la querelle socialiste, arbitrer entre pauvres et riches, et se saisir du message christique, entre vieux et jeunes, entre hommes et femmes, entre sexualité normale et sexualité déviante, entre piétons et automobilistes, etc.

On retrouve dans cette idée d’arbitrage toute la pensée de Macron : « personne n’a totalement tort, personne n’a totalement raison, il faut arbitrer avec raison et je suis là pour cela ». Le « macronisme » n’est qu’un avatar de la doctrine compassionnelle de l’Enarchie triomphante : les Enarques sont là pour arbitrer les tensions et naturellement tout cela se fait par l’épandage d’argent collecté en masse par l’impôt.

Au nom de l’intérêt général, dont elle serait seule porteuse, la haute fonction publique a colonisé l’État, ce qui était normal mais aussi toutes les institutions politiques, ce qui ne l’était pas.

Dès le Club Jean Moulin on entend dire que la division entre droite et gauche n’est pas opérationnelle. Dès les années quatre-vingt on entend les discours de brillants Inspecteurs des finances qui prétendent que le déclinisme est une absurdité.

Le mantra de Macron n’est pas une nouveauté mais l’affirmation sans complexe d’un discours de haut fonctionnaire tenu depuis des lustres pratiquement tel quel et que l’on connaît aujourd’hui sous le vocable de « cercle de raison » popularisé par Alain Minc (major de l’ENA) et Bernard Attali (énarque et major de l’École polytechnique).

Il n’y a évidemment aucune différence, sinon de sobres nuances, entre une énarchie compassionnelle de droite et une énarchie compassionnelle de gauche. Fabius a hésité entre la droite et la gauche un bon moment. Il n’est pas le seul. La compatibilité de Macron et de Hollande, ou de Macron et du Philippe maire du Havre, ou de Copé avec Moscovici, ou de Dutreil avec Guigou, ou de Rocard avec qui on voudra, est totale.

Ayant colonisé et la droite et la gauche, la politique suivie et par les Enarques de droite et par ceux de gauche s’est trouvée fort constante.

L’ennui est que la confiscation des revenus et du capital de la « société civile » s’est aggravée pendant quarante ans avec au bout du chemin un sous-investissement massif, la fuite des capitaux, l’exil des riches et des jeunes, un chômage de masse, des déficits homériques et des dettes abyssales.

Amusant, le vocabulaire de l’Enarchie triomphante reprise par les médias asservis ! « Société civile », qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? En dehors des armées toute la société est civile. Ah oui mais voilà : il y a la caste, la haute fonction publique et le reste. Selon qu’elle est hostile ou non à la Caste, ce sera « la société civile » ou une masse de « populistes ». De même tout ce qui n’a pas encore été taxé est « une dépense fiscale », c’est-à-dire une concession révocable à la première occasion.

La situation catastrophique du pays ne pouvait rester sans conséquences. À gauche, le compassionnel énarchique s’est vu contesté du fait de la montée massive du chômage et des mesures de plus en plus dures contre les pauvres, mélangés avec une énorme vague de pauvreté importée. À droite la fiscalité abusive et le déclin de l’industrie ont conduit aux mêmes réactions. Dégagez les Enarques !

Cela a failli réussir. Si François Fillon passait, les effectifs publics auraient été sabrés et les statuts de la haute fonction publique simplifiés et rapprochés de la multitude. De même, Mélenchon représentait une alternative hors Enarchie, inscrite dans la révolte de la base. Il fallait casser le risque d’une union des Frondeurs et des Insoumis, et empêcher Fillon d'accéder au pouvoir par tout moyen. Le candidat naturel était Juppé. Mais cela ne faisait pas les affaires des Enarques de gauche qui venaient de gouverner pendant 5 ans. On se ralliera donc en bloc dès la fin des primaires à l’opération Macron.

Un quarteron d’Enarques montera le piège contre Fillon, en trahissant au passage tous les devoirs de confidentialité de leurs charges. L’effondrement trop rapide du médiocre Hamon a failli prendre tout le monde de court, Mélenchon siphonnant l’électorat de gauche avec une belle voracité. Il a fallu s‘allier avec Bayrou.

Aujourd’hui tout est net et clair. L’Enarchie a gagné. Un président énarque et un premier ministre énarque, comme Giscard-Chirac, comme Chirac-Juppé, Comme Chirac-Jospin, comme Chirac-De Villepin, alors que Hollande avait dû composer avec le PS et ses petits diplômés. Un Secrétaire général de l’Elysée énarque. Un Ministre des finances et de l’économie énarque. Les utilités sont bien cadrées par des Enarques. Tout est tenu et bien tenu. La presse aux ordres n’a plus qu’à chanter la chanson dont les paroles lui seront aimablement fournies. On a vu que l’apparition d’une presse totalement soumise et chantant la gloire du Divin Emmanuel avec une unanimité et une ampleur jamais vue, est une des marques du temps et des difficultés de la démocratie française.

La révolution « macronienne » était en fait une contre-révolution pour éviter la perte du pouvoir de la Haute Administration et sa remise en cause organique. Le pronunciamiento a réussi. Le nouveau héraut de la secte est un peu plus glamour que le président sortant, pitoyable prisonnier de lui-même autant que des dissidents de gauche du PS, devenus maîtres d’un parti mort.

« Emmanuel » (on l’appelle par son prénom comme « Ségolène », ce qui en dit aussi long que les centaines de premières pages de magazine) s’est débarrassé et de la droite souverainiste et de la gauche frondeuse. Il reprend l’habitude des castings, avec « prises de guerre », qui ne sont que des prises de guère et ne donne à moudre que de l'extase médiatique sans intérêt.

Tout le monde il est beau, tout le monde il doit être content et même ravi.

L’élection tronquée a permis de mettre sous le tapis les cris de « ça suffit » qui s’étaient élevés après les attentats contre Charlie Hebdo, après la folie fiscale des deux premières années de gestion par Hollande, après les atteintes permanentes contre la propriété, avec la perte de pouvoir d’achat généralisée, avec l’effondrement de l’emploi, avec la perte de souveraineté et les sujétions constantes, avec l’effritement des libertés, …

Ce succès heureux est présenté désormais comme la volonté du peuple de plus d’Europe fédérale, de plus de renoncements bienveillants, de moins de réticence devant les dégâts des libertés sans frein de circulation des hommes, des capitaux et des produits, de plus de complaisance vis-à-vis des prélèvements, de moins de rejet des « avancées sociétales ». Seuls les « radicalisés », comme diraient Alain Juppé, ne seraient pas bouleversés d’humanité au spectacle d’une jeunesse triomphante et intelligente qui va tout résoudre dans la fraternité et les images positives.

Le sondage Elabe du jour, un institut qui a été le fer de lance de l’opération médiatique pro Macron, devrait faire réfléchir. Le Président et la Premier Ministre ont une cote de confiance minable, en fait la plus basse depuis le début de la Cinquième République. Bien sûr, le savoir-faire est autre que celui du prédécesseur.  Le nouveau Président fait peu de fautes, ne serait-ce que parce qu’il a vu toutes celles qui ne fallait pas faire.  L’onction de la victoire et de la jeunesse jouera son rôle.

Mais le gouvernement nouveau est de pur affichage et noué de combinaisons politiciennes électoralistes à très court terme. Il faut gagner les prochaines élections législatives. L’énorme canon médiatique est braqué à nouveau sur l’électeur : il faut donner une majorité massive à notre phénomène, que le monde entier nous envie. Ensuite les députés inexpérimentés seront aux ordres et les ministres d’affichage strictement encadrés par la haute fonction publique.

Nous sommes sommés de nous réjouir. Après tout, même un haut fonctionnaire peut être compétent dans la sphère politique ! C’est ce qu’on dit des militaires en Algérie après chaque élection, bidon, qui voit le pouvoir militaire maintenir son emprise sur les institutions et la richesse du pays !

Mais on sait déjà que le champ de l’action publique ne sera pas modifié, que les impôts ne baisseront pratiquement pas, que la soumission à l’Europe et aux Etats-Unis sera totale, et qu’au bout du chemin la vraie menace ne sera pas Mme Le Pen, qui a montré sa nullité, mais l’extrême gauche. Il suffira d’une crise mondiale même légère, et on peut s’attendre à un épisode de moyenne importance dans les 6-18 mois, et d’une hausse des taux d’intérêt, pour que le contre-choc se produise.

Il risque d’être violent. C’est là qu’on pourra juger des capacités de notre nouveau Président. L’Enarchie compassionnelle et sa médiacratie associée risquent alors d’apparaître dans toute la splendeur de ce qu’elles sont : une certaine forme d'évanouissement de la démocratie véritable et une capture illégitime du pouvoir.

Espérons que non. Le pire n’est jamais certain. En attendant, bravo l’artiste ! Cette prise de pouvoir aura été une merveille de pronunciamiento réussi !

Les impôts - Histoire d'une folie française de Jean Marc Daniel

60 ans de matraquage fiscal - Tallandier

Cette histoire des impôts en France durant les dernières soixante années est un passage obligé pour qui veut comprendre l’état de déliquescence du pays. Comment un peuple qui a fait la Révolution pour des raisons principalement fiscales (Les Etats Généraux avaient été convoqués pour augmenter les prélèvements) a-t-il pu, en si peu de temps, accepter que la prédation publique passe de 31% à 45%  du PIB ?  

Cette folie, car il s’agit bien d’une folie comme le titre le suggère et pas seulement pour attirer le chaland, est une des dimensions fondamentales de l’effondrement français. On sait que la stagnation multiséculaire de la Chine provient d’un taux de prélèvement confiscatoire de près de 50% mis en œuvre sans faiblesse par une armée de fonctionnaires. La disparition de la France des radars économiques, avec en prime fuite des capitaux et des Français aisés, et l’achat majoritaire du capital français par des étrangers moins taxés, est une des aberrations  les plus phénoménales de son histoire. Comment en est-on arrivé à un point où tous les histrions des chaînes de télévision publiques, riches à millions, crient tous les jours « Vive l’Impôt » à destination d’un peuple qui n’en peut plus des exactions de l’Etat contre ses biens (avec en prime l’acceptation du squat, la dépénalisation massive du vol  et les  atteintes répétées au droit de propriété) ? Comment se fait-il qu’un pays qui a connu autant d’alternances politiques ait pu continûment s’enfoncer dans ce piège mortel ?

Jean marc Daniel a produit un livre informé et d’une lecture plutôt agréable, compte tenu du sujet.C’est une narration qui n’oublie rien d’important.On y voit des figures particulièrement épouvantables et d’abord celle de Giscard qui aura pendant près de 20 ans enfermé la France dans une taxation délirante. Il a réussi à contourner les réticences du Général de Gaulle qui voulait que l’on ne dépasse pas 35%. Il y a un avant et un après Giscard. C’est lui qui a tout encadré, tout verrouillé.  La TVA et l’impôt sur les plus values sont son œuvre. Plus aucun flux n’échappe aux prédations étatiques. Cela finira en 1981 dans le mépris public de l’homme aux diamants de Bokassa. Non pas que l’affaire eut été d’importance. Mais qui eût pu croire  que les tondus du giscardisme eussent pu pardonner à ce fat et à cet obsédé fiscal, connu pour avoir balancé personnellement des contrôles fiscaux aux personnes qu’ils avaient pu envier ou craindre, des richesses abusives ? C’est le premier d’une liste de Présidents de la République  Française rejetés pour leur agressivité fiscale, le dernier en date étant François Hollande. Le choix des Français de sanctionner les effets des trois grandes récessions (73-74, 92-93, 2008-2009) en confiant les rênes du pouvoir aux socialistes, n’a rien arrangé. Ils ont apporté d’abord la taxation des stocks et pas seulement des flux, puis l’idée d’un transfert direct  et sans vergogne de l’argent des uns dans la poches des autres.  L’impôt ne servait plus à couvrir les besoins régaliens mais à assurer des gratuités intenables, dont la gratuité de la vie à tout âge pour tout individu venant à se trouver sur le territoire. Michel Rocard, avec le rétablissement de l’ISF, l’instauration de la CSG, en même temps que du concept d’une allocation à vie sans réelle contrepartie, est le prototype du foldingue fiscal encensé par les imbéciles. La figure d’Alain Juppé s’impose immédiatement après avec le déplafonnement de l’ISF et son refus de le supprimer, accompagnant la hausse massive de bien des impôts. Il faudra attendre ensuite le sinistre François Hollande et ses idées personnelles sur la fiscalité. Les délires de ses deux premiers budgets resteront dans l’histoire comme la marque d’une hystérie incontrôlable.  

Lauré et Giscard, Rocard, Juppé, Hollande : l’énarchie est d’abord une prédation fiscale. L’Assemblée Nationale  ne devrait pas être composée majoritairement de personnes dont la rémunération et le cadre de vie dépendent des impôts qu’ils votent, à l’initiative de présidents issus de la haute administration !   

En mettant en œuvre la décentralisation, l’énarchie a ouvert un champ nouveau d’emplois publics ; l’Europe a été une nouvelle aubaine. L’emploi associatif, moins cher que l’emploi public, a permis d’étendre le domaine financé par l’Etat.  Tout cela représente des millions d’emplois à productivité très faible, financés par des impôts sur les emplois à productivité forte et créant le double de chômeurs depuis 1974 : 3 millions d’emplois créés  financés par l’Etat ; 6 millions de chômeurs, indemnisés par la dépense publique. Merci l’Enarchie !

Si la narration de J.M. Daniel est sans faute, elle souffre sans doute d’un manque d’explications analytiques.

La notion de prélèvements est beaucoup plus trompeuse qu’il ne le dit. Nous rappelons toujours la parabole de l’esquimau lors que nous abordons ces sujets. Un esquimau sur la banquise pêche un poisson. PIB compté par l’Insee de la banquise : 1 poisson. Un type avec un fusil prend le poisson en disant : je te protège des ours blancs. La même Insee dit : production (de sécurité) de l’Etat : 1 poisson. PIB total : 2 poissons. Taux de prélèvements : ½ = 50%.  On se rend compte qu’un taux de 44 ou 45%, que nous vivons grâce à Hollande,  est une quasi-prédation totale de l’économie marchande. Il suffit de prendre les valeurs absolues de la valeur ajoutée du secteur marchand et des dépenses publiques  pour comprendre le problème : environ 1.250 milliards d’euros pour la dépense (probablement nettement plus en 2017) et 1.200 milliards d’euros pour la valeur ajoutée marchande. En France, l’Etat dépense plus que ce que le secteur privé marchand ne produit !

De même il oublie un phénomène fondamental : si la fiscalité est globalement progressive, le trend de croissance conduit automatiquement à une aggravation de la pression fiscale. Les pays agressivement  progressifs dans leur fiscalité ont connu cette mésaventure : plusieurs décennies de croissance rapide ont conduit à l’étouffement fiscal du pays et il a fallu rétropédaler avec force.  La Suède, le Canada, le Royaume uni, la Nouvelle Zélande ont su stopper cette folie et faire machine arrière.

Le rôle des trois grandes récessions est aussi dirimant : C’est à la suite de chacune d’entre elle que les gouvernements se sont retrouvés dans d’énormes déficits qu’ils ont cherché à compenser d’abord et presqu’exclusivement par l’impôt. Les grands coupables sont ceux des gouvernants qui, en période de vaches grasses et de haute conjoncture internationale, ont fait le pari d’aggraver encore la fiscalité, alors que la progressivité s’appliquant à des impôts aggravés, les recettes prenaient l’ascenseur quand la production prenait l’escalier ! Rocard et Jospin, et dans une moindre mesure Hollande, seront les principaux criminels, Rocard étant largement le roi de cette triplette tragique.

Bien sûr, tout le monde a compris qu’on était allé beaucoup trop loin en matière fiscale. Comme nous l’avons démontré ici à de multiple reprise, des milliers de Français paient plus de 100% de leur revenu en impôts ce qui est une violation du pacte républicain. Comme J. P. Robin, au Figaro, le rappelait récemment, la fortune des Français installés à l’étranger est désormais très supérieure à la fortune des Français restés au pays !

L’étouffement fiscal est tel que depuis la crise de 92 et la montée à des hauteurs insupportables du chômage, beaucoup de voix considèrent qu’il faut mettre fin à l’exception française qui a mis l’essentiel des prélèvements sous forme de charges salariales. Mais au niveau de prédation atteint, cela signifie une fiscalité coercitive sur les particuliers et la fin du consentement à l’impôt.

La démagogie électoraliste fait qu’on achète le vote des masses électorales par des mesures ciblées. L’Enarchie qui voyait ses positions de plus en plus vulnérables, a décidé de réagir en portant sur le pavois Emmanuel Macron, après avoir piégé François Fillon qui menaçait directement son pouvoir.  On sait que les deux mesures du président désormais élu sont la suppression de la Taxe d’habitation pour 80% des citoyens, (52% des dits ne paient pas l’impôts sur le revenu, 90% ne paient pas l’ISF)  et la hausse de 1.7% de la CSG pour donner un supplément de rémunération aux actifs du secteur privé, tout en faisant passer le taux marginal d’imposition à près de 70% !

Bientôt il y aura deux France : celles qui paient quasiment tous les impôts et prélèvements et qui n’a droit à rien (car on veut, en plus, lui faire payer les services gratuits pour les autres), et les autres Smicards et RMISTES, ou intermittents du travail.  

Jean Marc Daniel remarque justement  que la signification de l’impôt est perdue. La discussion fiscale se traduit désormais en terme électoral par : arrachons notre train de vie dans le portefeuille des autres, tant qu'il y reste aulque chose.   

Il rappelle que toutes les institutions internationales mondiales comme le FMI ou européenne comme l’OCDE ou la Commission pressent la France de faire la seule réforme utile : baisser massivement la dépense publique.  Comme cettl'annoncer a été liquidé électoralement en moins de deux.

Il y a désormais 16 millions de retraités, près de 6 millions de chômeurs, près de 6 millions de fonctionnaires, deux millions de personnes qui vivent de la charité publique et des allocations sans même chercher du travail, quelques centaines de milliers de malades et d’handicapés…

30 millions de vies accrochées aux impôts pour 15 millions de salariés du secteur privé ! Equation insoluble !  Il faut désormais ajouter ceux qui, au travail,  reçoivent un complément de rémunérations versé directement par l’Etat (prime pour l’emploi etc.) !

Le coup d’état des Enarques qui vient de propulser à la Présidence un Inspecteur des Finances, ne permet pas d’envisager une baisse de la frénésie fiscale, sauf pour les rémunérations de la haute finance. On parle désormais ouvertement d’un nouvel impôt européen et d’un nouvel impôt destiné aux collectivités locales  (après la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des citoyens). Le principe de la taxation identique pour les revenus du travail et du capital n’est pas remis en cause, pas plus que la surtaxation de l’immobilier qui fait perdre tout intérêt à l’investissement locatif et pénalise les familles nombreuses.  L’enflure sans limite des dépenses médicales « gratuites » dans un contexte de vieillissement accéléré de la population n’est pas près de s’arrêter après la crise de nerf nationale autour des annonces de François Fillon sur la Sécurité Sociale. Qu’importe qu’il n’y ait plus de médecins ni de production nationale de médicament, et que le parc hospitalier public se clochardise de plus en plus.

L’annonce d’une baisse de 120 milliards d’euros  par le mouvement En marche, à la Saint Glinglin, est un enfumage. L’Enarchie n’a pas voulu qu’on touche aux effectifs publics qu’elle dirige en propre, ni à son statut. Elle ne prendra que des mesures cosmétiques qui ne remettent pas en cause ses privilèges tout en essayant d’éviter de tuer la bête qui la nourrit. C’est une stratégie parasitaire logique.

Cette caste énarchique et la folie fiscale française qu’elle organise depuis 60 ans, sont bien une des causes essentielles de la déchéance française.

Cela va durer.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Jean Marc Daniel - Les Impôts- Histoire d’une folie française. Soixante ans de matraquage fiscal -  Taillandier - ISBM  979-10-210-2055-9

Premier bilan des présidentielles

Au terme de ces élections présidentielles.  J.P. Chevènement, à gauche,  et,  à droite, H. Guaino dressent un constat de carence.  

L'un et l'autre considèrent qu'il aurait fallu partir d'une analyse globale de l'état du monde et spéciale de l'état européen avant d'annoncer une proposition pour la France, ce qui est logique tant est grande l'imbrication de la France dans les processus mondiaux de mouvements de personnes, de capitaux et de marchandises.  L’analyse n’a pas été faite.  Du moins, on n’a pas présenté aux Français  ni les menaces ni les opportunités qui auraient pu expliquer un programme d’action construit et cohérent.

La campagne d’entre les deux tours a été uniquement une campagne d’image basée sur l’émotion : La France « patriote » contre les vilains  étrangers, d’un côté ; La France « anti fasciste » de l’autre, mobilisée contre les vilains antisémites et les vilains xénophobes. M. Macron a été élu par défaut, les carences de Mme Le Pen étant devenues criantes pendant le débat,  et l’ayant exclue de l’espoir même de l’élection. Il s’est contenté de crier : « Hou la vilaine », d’un côté et : « Vive l’Europe, vive la mondialisation, vive tout et tous,  et youpi nous y arriverons ! » de l’autre.  Mais il n’a pas propos é aucune analyse de la situation mondiale, aucune réflexion sur la situation européenne, aucune solution concrète d’importance (mais un flot de micro mesures), seulement des intentions, d’autant moins attaquables qu’elles étaient plus floues. On est certes « en marche » mais surtout en lévitation.

Il va de soi que dès que le nouveau président devra sortir de l’ambiguïté, les difficultés s’accumuleront.  On le voit déjà sur l’Europe. Il veut une Europe « protectrice » avec un Small Business Act à l’européenne, qui réserve aux entreprises européennes les marchés publics. Juncker répond platement non. Macron ne veut pas faire de collectif budgétaire. Moscovici répond : « les objectifs sur lesquels la France s’est engagée sont tenables ». Sous entendu : faites ce qu’il faut pour cela même si Sapin et Eckert ont plombé les comptes avant de partir. Se faire adouber par les militants au son de l’Hymne à la Joie  et jouer les Kennedy la main sur le cœur pendant l’hymne national, joué en second, est une chose. Convaincre les Européens de changer de cap en est une autre.  Il n’a jamais dit comment il s’y prendrait.  Mme Merkel considère que les Allemands seront compétitifs en toutes circonstances, donc la notion de « protection » lui est non seulement étrangère mais odieuse. On peut tenter de lui tenir tête en affirmant : « méditez les résultats : le rejet de l’Europe et de l’Allemagne est là. Ne jouez pas avec le feu électoral ». La démarche est à la fois humiliante et inefficace : « les Français tiennent à leur épargne et ne veulent pas sortir de l’Euro. Appliquez les traités et cela ira bien comme cela », répliquera Merkel.

Certes le nouveau président  va essayer de faire passer par ordonnance une loi Macron 3 directement inspirée par Bruxelles pour preuve de sa bonne volonté européenne.  Outre qu’il n’est pas sûr d’avoir une majorité pour cela, rien ne laisse penser que cela suffira pour fléchir qui que ce soit en Europe.

Sans doute le projet était d’être élu et de régner plus que de diriger.  Après tout s’il ne trouve pas d’assemblée pour soutenir sa politique,  il aura une excuse de n’avoir rien fait de son programme.

Mais même s’il la trouve, faute d’une évaluation réaliste du rapport des forces, rien ne dit que l’action puisse déboucher. 

Chevènement et Guaino pourront affirmer qu’ils l’avaient bien dit. Leur faiblesse commune : ils veulent absolument voir dans les formes actuelles du capitalisme et la fracture entre pays pauvres et pays riches la source principale des difficultés. Ce diagnostic  est en grande partie faux, comme nous avons essayé de le prouver dans vingt articles sur ce blog. Il les met dans l’incapacité de proposer une véritable alternative.

Leur idée commune est, qu’en Europe, le rattrapage des anciens pays de l'Est se fait par abandon de la classe moyenne des pays riches. Dans le monde, le rattrapage de la Chine, de l'Inde et de quelques autres,  se fait par la désindustrialisation générale de l'Occident. Partout, l'"uberification" de l'économie entraînerait des conséquences de masses sur les "exclus", la modernité ne s'installant que dans les grandes villes.

L’un et l’autre ne voient aucune solution réelle dans la liberté totale des mouvements de personnes, de capitaux et de marchandises, mais ont la même difficulté à définir ce qu’il faudrait faire.  Ce refus d’installer des libertés fondamentales dans des cadres non nationaux, où les Etats sont en guerre plus ou moins larvée les uns contre les autres, ne fournit aucune clé sur la nature des restrictions à mettre en place ni sur leurs effets potentiels.  Avec l’un comme avec l’autre, on voit la critique et on voit l’espoir : ne plus sombrer dans les politiques « contractionnistes » coûteuses en emplois.  Mais on ne voit pas les moyens.

En vérité les rattrapages des pays libérés du socialisme auraient pu et du se faire par croissance homothétique et non substitutive, ce qui aurait été possible en imposant le respect des équilibres de balances de paiements.  Ce que ne voient ni les tenants du nouveau président ni leurs contempteurs  peut se résumer ainsi :

-          L’Europe est coupable parce que son organisation économique renforce des déséquilibres internes et externes intenables

-          Le système mondial est coupable parce qu’il installe une « économie baudruche », instable et explosive, basée sur les déséquilibres immenses et destructeurs qui n’enrichissent que quelques gagnants (pourvu qu’ils soient sauvés périodiquement par les Etats).

-          La France est coupable parce qu’elle a réagi aux crises par l’installation d’un socialisme fiscal destructeur, l’exaltation de la dépense et de l’emploi  publics, la destruction des relations du travail et un « sociétalisme » à la fois individualiste et multiculturel, importé des Etats-Unis, destructeur des solidarités nationales élémentaires et de la liberté d’expression.  

Les solutions sont à la fois globales et ponctuelles. Les dysfonctionnements globaux et européens peuvent être corrigés par une meilleure organisation et un autre état d’esprit, basé sur la coopération.  Les difficultés liées à l’exercice non contrôlée de libertés peuvent être réglées par des mesures ad hoc et ponctuelles, mais qui ne remettent pas le principe même des libertés individuelles.

Ce qu’on aurait  aimé entendre des candidats à la présidentielle et désormais de ceux aux législatives, c’est justement cela :

-          Que la crise n’est pas structurelle mais liée à des défauts que l’on peut corriger, aussi bien en Europe que dans le monde.

-          Que la France peut faire mieux que de sombrer dans le multiculturalisme, le « sociétalisme », l’étatisme, le socialisme fiscal et le « politiquement correct » à l’américaine.  

-          Que les excès ponctuels peuvent être jugulés par des mesures au moins transitoires.

-          Que la bonne séquence est : redressement français, puis correction européenne puis correction mondiale.

-          Que cette politique, même avec sa dimension diplomatique délicate, est parfaitement jouable.

Cela aurait mieux valu que de dépasser le point Godwin en trente secondes et de s’envoyer à la figure Oradour sur Glane, d’un côté, et, de l’autre, l’hypothèse d’une « psychopathie pédérastique refoulée d’un gamin violé adolescent par un prof disposant de l’autorité »,  psychopathie dont les conséquences comportementales seraient hyper dangereuses. Ce type de campagne fait frémir sur le niveau politique où sont descendus les Français sous l’effet  de la « crise », de l’effondrement vulgaire des médias (la médiocratosphère bananière), des mauvais coups politiciens et des impostures diverses.   

On peut craindre que le solde de la campagne présidentielle, les Législatives, n’apportent que de la confusion supplémentaire et aucune vraie espérance.

L’Euro : le mistigri de la campagne présidentielle

Qui l’eût cru ? La campagne a basculé sur une question technique monétaire. Tous les commentateurs et les hommes politiques l’avaient répété à l’envi : marre de l’économie et de l’économisme. On n’élit pas un roi républicain sur une question ménagère. Surtout ne pas parler du quinquennat désastreux, notamment ses deux premières années, de F. Hollande. Déplorer le chômage à chaudes larmes, surtout quand il augmente de plusieurs dizaines de milliers d’unités la semaine décisive de la campagne. Mais s’élever au-dessus de ces tristes contingences. Oublier aussi la dette !

Et voilà que M. Dupont Aignan rejoint Mme Le Pen et qu’il demande qu’on revienne sur la sortie de l’Euro, article pivot du plan de la candidate pour sortir du marasme. Il est vrai que les Français (les journalistes disent : les retraités, cela fait plus jeunes, car on sait que la jeunesse n’a peur de rien) avaient la crainte de l’exemple grec : la BCE perdant confiance dans les banques françaises et ne les alimentant, après une fuite des capitaux hors de France, qu’à hauteur de quelques dizaines d’euros par jour et par déposants.

Il fallait donc que la candidate s’explique sur les méfaits de l’euro et les moyens de les juguler sans sortir de l’euro tout en en sortant. Un chewing-gum politique et économique assez difficile à mâcher en public qui a naturellement fait la joie de son adversaire qui, lui, pouvait, selon sa technique de positivité européenne assumée, s’exonérer de toute réflexion sur le sujet.

On a vu le résultat lors de la crise d'épilepsie mutuelle qu’on a appelé « débat », entre les deux candidats sélectionnés lors du premier tour de l’élection censément présidentielle.

Le plus consternant tient tout entier dans le fait que cette question est effectivement fondamentale et que l’indigence des deux clowns tristes dont on parle n’a pas permis qu’on l’aborde comme il aurait fallu.

L’organisation de la zone Euro est effectivement dysfonctionnelle. Elle doit être absolument corrigée si on ne veut pas que tout explose un jour ou l’autre au détriment de tous. Le fonctionnement actuel pèse effectivement lourdement sur la situation économique de la France.

L’indigence du débat et la malignité des combattants n’ont pas permis de comprendre pourquoi ni d’envisager les options qui s’offraient. Le nihilisme du combat de rue l’a emporté sur une réflexion qui est très nécessaire et qui va se révéler pendant les années qui viennent une des clés d’analyse des difficultés qui s’annoncent.

Mme Le Pen a raison : l’Euro pose problème. M. Macron aurait été bien venu de le reconnaître. Elle n’a pas su dire pourquoi. Il n’a pas cru devoir dire pourquoi. La méconnaissance et la tactique politicienne ont étouffé la vérité.

Le traité de Maastricht a mis la charrue avant les bœufs, et les bœufs ont démoli la charrue. Créer une monnaie unique avec comme seul garde-fou deux règles ne concernant que les États (3 % de déficit et 60 % de dette publique par rapport au PIB) était se lancer dans un pari impossible. Le faire alors que le système mondial est fondé sur les changes flottants et l’absence de coopération institutionnelle en matière d’échange et de monnaie, était un autre pari. Ces deux paris ont été perdus.

Le système mondial s’est étouffé en 2007 et a sauté en 2008. La crise européenne a suivi, avec pour conséquence le traité « Merkozy », toujours en activité et une ambiance déflationniste pesante jusqu’à l’insupportable, avec une extension drastique du contrôle européen sur les systèmes bancaires et les budgets. Il est clair que pour beaucoup de pays, la double peine est sévère : perte de souveraineté et perte de prospérité, sous la férule de la Commission Européenne et de la BCE.

Il n’y a qu’Emmanuel Macron pour feindre de croire que tout cela n’a pas d’importance et que « l’euro nous protège ». On sait que sa solution est un nouveau saut dans le fédéralisme absolu. Créer un gouvernement véritablement européen avec un budget européen et une répartition des mannes par le Parlement européen vers les régions des anciens états souverains européens, voilà la solution. C’est celle des milieux européistes et de certains groupes de pression dominants dans les sphères dirigeantes. Ceux qui ont créé l’Euro avec le traité de Maastricht le savaient bien : on créait un truc bancal mais il permettrait de détruire finalement la résistance des nations en rendant nécessaire un nouveau pas dans l’intégration politique. Ce calcul a été vu et dénoncé. L’affaire s’est jouée à peu. Dès 2005, les peuples ont commencé à dire NON, notamment celui de la France qui a refusé la pseudo-constitution européenne.

L’Euro est donc une affaire d’abord politique avant d’être économique. C’était le levier pour aller vers le fédéralisme européen alors que personne n’en voulait vraiment.

Mais c’est aussi une réalité économique particulièrement vicieuse. Une monnaie unique pluri nationale ne peut fonctionner que si les économies restent en équilibre chacune vis-à-vis de l’autre. Dans des régimes où les États ont pris une place déraisonnable de la dépense, la microéconomie ne donne aucune garantie que cette harmonie se produira ou se maintiendra, même si les États renoncent aux gros déficits budgétaires et à l’endettement massif. Supprimer tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des produits et des capitaux ne pouvait suffire. Le croire est d’une grande naïveté. Refuser d’organiser ces trois libertés et sanctionner toutes les tentatives partielles en ce sens ne pouvait qu’aggraver la situation : « non seulement cela ne marche pas mais on ne peut rien faire ». Défaillance et impuissance sont les mamelles de la colère des peuples.

La question était déjà rendue difficile par l’intégration dans l’Union de pays soumis au joug socialiste pendant des décennies et en très gros retard économique. Elle st devenue insoluble dès le départ quand on a vu les deux États principaux, L’Allemagne et la France, choisir deux voies totalement incompatibles. Le plan Jospin d’étouffement des relations sociales et de passage aux trente-cinq heures était rigoureusement contradictoire avec le plan Schroeder de compétitivité renforcée.

Le résultat n’a pas tardé : il n’y a eu aucune convergence des économies et le développement d’un excédent phénoménal en Allemagne et d’un déficit phénoménal en France.

Lorsqu’un pays est victime d’une attaque mercantiliste après avoir étouffé son économie par des mesures politiciennes démagogiques et déplorables, les conséquences sont évidentes :

-          Des centaines de milliards de capitaux sont aspirées hors du pays déficitaire et le plongent dans la déflation et la dette. Donc dans les pressions salariales, le sous-investissement, et le chômage.

-          Des centaines de milliards aboutissent dans les caisses du pays mercantiliste qui ne sait rien en faire en local puisqu’il est déjà sur compétitif. Alors il le prête, et se lance dans des spéculations dangereuses. Au premier revers conjoncturel ces banques se trouvent très mal. Le système bancaire allemand est en ruine. Réciproquement les pays emprunteurs se trouvent dans l’impossibilité de rembourser. Voir le cas Grec.

Les pays en faillite sont obligés de se retourner vers le pays dominant pour quémander « une petite seconde M. le bourreau ». Il y met des conditions. Et on a le traité Merkozy et une ambiance contractionnisme délétère.

Bien sûr les banquiers, façon Macron, peuvent faire des produits gigantesques en faisant circuler les excédents vers les pays déficitaires, et en jouant sur les peurs qui provoquent des mouvements de capitaux moutonniers et finalement captifs.

Affirmer qu’on va faire ce qu’il faut en interne comme dans le plan Fillon et dans une moindre mesure dans le plan Macron laisse entendre que la solution est toujours dans le pays déficitaire. Ce qui est faux.

La vraie solution est de rétablir les équilibres. Cela ne peut se faire qu’à deux conditions :

-          Des mécanismes institutionnels qui poussent à la convergence

-          Une gestion commune de la convergence qui ne dépend ni des trois libertés ni des deux seules conditions de gestion publique du traité de Maastricht.

Il appartenait aux deux candidats de s’appuyer sur ces deux réalités.

Emmanuel Macron n’en a rien fait pour masquer son tropisme européiste. Sortir d’une certaine ambiguïté aurait été dangereux pour son élection.

Marine le Pen n’avait pas la compétence pour comprendre et exprimer clairement les alternatives.

Le silence est désormais retombé sur la question de l’Euro. Et pourtant elle continue de se poser et pèsera lourd dans les prochaines années. M. Trump a décidé d'attaquer l’Allemagne sur ses excédents en s’appuyant sur la législation TFTEA passée par Obama. L’Allemagne se cache derrière l’Euro. La situation est intenable au sein même du camp occidental. Quant à la France elle n’atteindra pas 8 millions de chômeurs sans casse politique définitive. Et rien ne dit que dans les 18 mois qui viennent il n’y aura pas un nouveau ressac économique international.

L’Euro et ses dysfonctionnements sont un sparadrap collant dont on ne se débarrassera pas comme cela.

Sottise et dissimulation ne sont pas une solution. Une fois de plus : attention à la colère des peuples.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes E-toile

Un débat présidentiel ? Vraiment ?

Les vraies causes de l'asthénie française

et leur ignorance par les candidats

Alors que la campagne électorale française pour la présidence de la République entre dans sa phase hystérique, il n’est pas mauvais de rappeler les causes de l’asthénie française et la distance abyssale qui sépare les programmes des candidats des réalités qui comptent. La complexité est plus apparente que réelle dans le diagnostic, la difficulté se trouvant dans la capacité de bâtir une solution qui échappe largement au cadre national. Il est normal dans ces conditions que les arguments de campagne fuient devant un constat qui les présenterait largement comme des impuissants. Il l’est moins, en revanche, que les mesures proposées, tournent le dos aux nécessités, pour se contenter d’un électoralisme débilitant ou pour s’assurer le service de lobbies qui les servent par intérêt.

Le cœur du réacteur est le fait désormais acté et illustré par le FMI que depuis 1971 le taux de croissance n’a cessé de décroître au point que, de crises gravissimes en crises gravissimes, l’ensemble du monde en soit arrivé à une quasi-stagnation. Notre explication du phénomène, tel que présenté dans notre livre, L’Étrange Désastre, met en avant le rôle de l’abandon des disciplines de Bretton Woods, l’acceptation de phénomènes de domination avec les énormes déficits et excédents qui les accompagnent, le tout aggravé par l’instabilité créée par les changes flottants. La mondialisation déséquilibrée et spéculative n’assure plus que l’échange se fasse travail contra travail. Les conséquences sur la structure et le niveau de l’emploi sont désastreuses en même temps que s’installe une « économie baudruche » explosive, qui ne sert qu’une minorité d’intérêts installés aux carrefours des mouvements financiers.

La solution n’est pas compliquée en principe mais difficile diplomatiquement : il faut sanctionner les grands déficits et les grands excédents et le plus possible stabiliser les monnaies et les changes. Le moyen le plus léger est de créer une sanction automatique de ces grands déséquilibres, à charge pour les États de les maîtriser, tout en respectant au mieux les règles nécessaires de la microéconomie et le bienfait des échanges.

Pour une nation donnée, le défi est d’importance : elle n’a en général pas le quantum d’action nécessaire pour provoquer les changements nécessaires. Il lui faut s’engager dans une « diplomatie de la prospérité » dont elle n’a ni l’habitude ni les certitudes intellectuelles, les dirigeants ne comprenant généralement pas « de quoi on cause » et n’étant pas servis par des économistes le plus souvent rendus serviles par les besoins de leurs carrières officielles, ou perdus dans leurs appartenances idéologiques. La crédibilité de l’action internationale d’une nation est corrélée à sa performance économique et sociale, à sa vitalité intellectuelle et sa maîtrise des grands sujets du temps. Il lui faut aussi avoir des alliés et une tradition d’influence. Autant dire qu’une nation qui est totalement dans les choux n’a aucun rôle utile à jouer. Et si ses structures, ses dirigeants, son président, n’a aucune idée directrice pertinente, la carence est totale.

La Communauté Économique Européenne n’a pas su réagir utilement au défi de l’explosion des Accords de Bretton Woods. Dès la fin des années soixante, elle a envisagé qu’une Union Économique et Monétaire lui permettrait de résister aux désordres que créait la volonté américaine de dominer le monde par l’emploi déraisonnable du dollar et une pratique non collaborative. D’échecs en échecs, elle a fini par se rallier à l’idée d’une monnaie unique, mais sans créer les conditions d’organisation nécessaires à son bon fonctionnement. Soumise aux conséquences des crises globales, elle a fini par sombrer dans le « contractionnisme » délirant, dénoncé inlassablement lors de la conférence de Bretton Woods comme le contraire absolu de ce qu’il fallait faire. Le résultat se lit dans le chômage de masse dans une partie de l’Europe et l’énormité des déséquilibres internes de la zone. De facto, l’organisation de l’Union Européenne, surtout depuis son élargissement qui pose des difficultés décisionnelles insurmontables, et celle la zone Euro, totalement dysfonctionnelle, exigent des corrections profondes et rapides qui là encore se heurtent aux difficultés intrinsèques d’une diplomatie.

Naturellement si le pays qui cherche à mener cette diplomatie n’a aucune vision de ce qu’il faut faire et se trouve dans le trente-sixième dessous, faute d’avoir essayé de gérer au mieux la situation, ses chances de se faire entendre sont quasi nulles.

Pour nous, la solution est exactement la même qu’à l’échelon mondial : il faut proscrire les grands excédents et les grands déficits, et rendre la sanction de leur apparition quasi automatique afin que les états concernés prennent spontanément les décisions d’ajustement nécessaires. Il est indispensable que les principes d’une solution mondiale et ceux d’une solution européenne soient exactement les mêmes. On ne peut pas, pour un économiste, défendre un concept différent pour le tout et la partie. Cette incohérence est mortelle pour la crédibilité. Il faut donc aboutir de façon urgente à des mécanismes européens automatiques de sanction des grands déficits et des grands excédents, afin de mettre fin à des exercices déflationnistes destructeurs et sans issue, tout en respectant les libertés économiques fondamentales.

La France pour sa part a réagi de la façon la plus stupide au choc de l'explosion des Accords coopératifs de Bretton Woods. À chaque récession elle a fait venir au pouvoir des socialistes qui ont aggravé les conséquences de la crise en étouffant l’économie et ruinant l’État et les Français. Le désastre du Programme Commun de Gouvernement rendu possible par la victoire du pervers narcissique Mitterrand, un pourrisseur impénitent, a fait décrocher la France qui rattrapait les États-Unis depuis 1950. La crise de 92-93 a fait venir Jospin qui a étouffé les relations sociales tout en asphyxiant l’économie avec les trente-cinq heures. La crise de 2008-2009 a fait venir le sinistre gouvernement Hollande qui a poussé l’incompétence jusqu’à des sommets de l’hystérie fiscale et détruit toutes les capacités d’investissement privées nationales, vendant les entreprises françaises à l’encan et faisant fuir des centaines de milliers de familles. Le rétropédalage final n’a fait que détruire son assise électorale sans permettre un vrai et durable redressement.

Du coup quelles sont les chances d’un pays ainsi maltraité de se redresser et de conduire une diplomatie de la prospérité ?

Les résultats sont tellement déplorables avec en prime une baisse de la natalité qui nous ramène aux années trente, que la révolte gronde et se traduit à la fois par l’émergence du Mélenchonisme et la dynamique du Front national, deux mouvements antimondialisation et antieuropéen.

Les trois libertés de circulation des personnes, des capitaux et des produits sont remises en cause radicalement faut d’avoir été organisée de façon appropriée et faute d’avoir corrigé à temps les dysfonctionnements globaux et européens.

Mme Le Pen n’a aucun avis sur lesdits dysfonctionnements. Elle fait simplement chauffer les mauvais sentiments mais sans débouchés pratiques autres que son succès électoral. Elle capitalise dans tous les milieux touchés par le chômage, la perte d’identité nationale, les impôts confiscatoires, le surendettement, et la peur du déclassement ou son expérience. Cela fait du monde. Son défi est de faire apparaître une cohérence économique et diplomatique pour parvenir aux 50 %. Le propos de son électorat et plutôt d’affirmer aux autorités nationales, européennes et mondiales que cela suffit comme cela et qu’ils ne marchent plus dans la combine. En faisant courir un frisson dans le dos des dirigeants européens et de la petite élite qui les sert, il espère qu’ils changent et prennent en compte leur révolte. C’est d’ailleurs le seul rôle positif de Mélenchon et Le Pen. L’avertissement sans frais avant le vrai chaos.

M. Macron, lui incarne le rejet d’un affrontement droite gauche qui depuis 1971 n’a conduit qu’à des surenchères, des concessions aux radicaux et à l’impossibilité de solutions raisonnables. Mais le vide intersidéral de son discours commence à faire tache.

- Il n’a produit aucun diagnostic de la situation

- Il chante, voir hurle, façon cabrette, vive l’Europe, vive la Mondialisation, vive la Finance, vive tout et tous, et surtout vive moi. Ce qui est tout de même un peu court.

- Il n’a élaboré aucune grande orientation de solution et donne l'impressionne « couvrir » tous les défauts de la mondialisation financière et du contractionnisme européen, avec des changements tellement marginaux qu’ils ne peuvent pas rassurer ceux qui voient leur déclassement, celui de leur village, de leur région et de leur pays.

Son programme est un mélange de reprises de toutes les démagogies du passé (comme la détaxation des heures supplémentaires et l’extension de la gratuité des soins) avec quelques achats de votes nouveaux (l’exonération e 80 % de payeurs de la taxe d’habitation, le transfert de l’argent des retraités aux travailleurs), baignant dans un discours évaporé, et coulant de bons sentiments. Tel quel il n’a aucune chance de changer la situation française et ne peut que l’aggraver, sauf pour une toute petite minorité dont il est le factotum empressé et intéressé.

Il n’a défini aucun élément d’une diplomatie de la prospérité.

Il a compris qu’il pouvait être élu sans tout cela.

Sans doute a-t-il également compris qu’un Président de la République, aussi gavé de pouvoirs soit-il, n’a pas celui de changer réellement les choses et que le destin individuel est un objectif plus abordable que celui de la nation, de l'Europe et du monde. Et qu’il durera au baratin avec l’aide des médias.

Est-il temps pour lui et dans la seconde phase de la campagne puis dans le cadre des élections législatives de faire l’effort d’insérer les vrais problèmes et les vraies solutions dans son projet ? Et en a-t-il la volonté, alors que cela ne semble pas nécessaire au succès de sa petite aventure personnelle ?

Présidentielles : un vote modéré, mais...

Les risques plus prégnants que les chances

Une fois retombée les scories passionnelles de la campagne, le tableau que révèlent les résultats est celui d’une France majoritairement modérée, dont toute la façade ouest traditionnellement chrétienne-démocrate a glissé du socialisme au centrisme, et dont l’Est est un peu perdu entre des influences contradictoires mais plutôt droitières. L’immigration est passée avec armes et bagages chez Mélenchon.

Les Français ont mis fin aux alternances UMP-PS, qui devenaient de plus en plus caricaturales, l’UMP se calquant sur le Front national et le PS sur son extrême gauche et finissant totalement divisés en internes en clans farouches, les primaires éliminant les chefs « naturels » et achevant de diviser leur camp.

Les partis de gouvernements sont devenus des gouvernements partis.

Ils espèrent se reconstituer aux législatives. Pour le PS, la division est insurmontable. Pour les Républicains, on peut craindre que le fait de battre sa coulpe sans dignité sur la personne de François Fillon, vae victis, n’entraîne pas les effets de mobilisation escomptés. Mme Dati, Mme Morano, M. Woerth, M. Estrosi, M. Apparu, M. Wauquiez ou M. Fenech, qui étalent leurs sentiments d’aigre contemption, n’ont très exactement aucun attrait électoral pour personne. Au PS comme à LR, on joue dans la cour des petits qui croient qu’ils ont de l’importance. Les seconds canifs se prennent pour les premiers couteaux.

L’énorme couverture médiatique offerte aux petits candidats n’a servi qu’à mesurer l’inanité de leur campagne. M. Dupont Aignan voulait se faire rembourser ses frais de campagne. C’est raté. Il voulait faire battre Fillon, c’est gagné. Amère victoire.

La remise en cause de l’Europe n’a pas fonctionné en dépit d’une majorité de candidats anti européen. Ce clivage n’a pas été déterminant même si l’attrait européen est désormais plus que fané. Les Français n’ont pas voulu ajouter une crise européenne à leurs malheurs. Ils ont bien fait.

Ils n’ont pas voulu d’une crise institutionnelle. Ils sont attachés à la Ve République et veulent croire que les partis modérés sauront s’entendre pour faire face aux différents enjeux, en se concentrant plus sur les solutions que sur ce qui les divise.

Pour le reste, tout est à craindre.

Certaines options programmatiques de M. Macron sont franchement détestables.

Il fallait laisser en paix la CSG et augmenter la TVA.

Il fallait supprimer totalement l’ISF.

Il faudrait renoncer à l’exonération de 80 % des ménages de la taxe d’habitation.

Il faudrait abandonner l’idée des heures supplémentaires détaxées et déchargées.

Vouloir creuser le gouffre entre une France qui majoritairement ne paie pas d’impôts ni de charges et une France accablée d’impôts est sans doute bon pour le résultat électoral mais il s’agit d’une démagogie primaire qui a depuis longtemps des conséquences déplorables et cela continuera. Privilégier les fortunes mobilières assises sur les bulles et les montages financiers et fiscaux est la garantie que les réformes financières de fond ne seront pas faites.

Ces mesures qui rappellent le début calamiteux du mandat de M. Hollande ne peuvent pas être positives. Elles finiront de faire fuir totalement les classes aisées qui sont au cœur de plusieurs mécanismes utiles au pays : attractivité, dynamisme, créativité, joie de la réussite, initiatives culturelles non publiques, vitalité associative, force des efforts caritatifs…

Une des difficultés du système constitutionnel français, basé sur une hyperpuissance, sans doute déraisonnable du président, est l'émergence de travers graves dans l’exercice du pouvoir gouvernemental :

-          La tendance au bavardage plutôt qu’à l’action

-          Le poids excessif donné à la communication et aux médias dont on a vu qu’ils jouaient leur rôle propre, c’est-à-dire sale, dans la vie politique. S’il s’agit uniquement de gérer de l’image, les idées n’ont plus d’importance.

-          L’hyper-législation émotionnelle avec des textes trop nombreux, trop longs, trop mal rédigés et le plus souvent inapplicables.

-          L’évacuation de tous les sujets qui demandent des diagnostics lourds et difficiles pour un court termine déplorable.

-          L’anéantissement de la justice au profit de campagnes douteuses lancées par des forces presque toujours abusives.

-          Le poids démesuré de la haute fonction publique qui entend régenter un pays qui dépense de plus en plus.

-          Les coups d’éclats à l’extérieur et l’inaction à l’intérieur

C’est comme cela que depuis 40 ans on évacue la question fondamentale de la baisse constante de la croissance et de la poussée de la dette et du chômage.

C’est comme cela qu’on évacue constamment la réflexion sur les principes mêmes qui doivent diriger la construction de l’espace européen, notamment depuis la libération des anciens Pays de l’Est soviétiques.

C’est comme cela qu’on refuse depuis toujours de régler au fond la question d’une immigration islamique intolérante et de l’«affirmative action » arrogante des minorités arabes devenues majorités dans certains quartiers.

C’est comme cela qu’on refuse de voir l’acculturation croissante des Français du fait de l’emprise du show-business anglo-saxon.

Dans tous ces domaines une solution efficace exigerait une longue et lourde concertation avant toute décision. La tendance est de préférer les coups non préparés et les reculades précipitées, avec pour contre coup des élections ratées et pourries par la montée des extrêmes.

On aurait aimé que la catharsis présidentielle que représente cette élection permette d’avancer sur ces sujets cruciaux. Certains aspects du succès de l’épopée électorale d’Emmanuel Macron vont dans la bonne direction.

Malheureusement plusieurs facteurs jouent en sens inverse.

-          La personnalité du jeune président, son ambiguïté conjugale, son goût pour les discours creux, poussent au renforcement du bavardage incertain

-          Le goût pour l’hyper fiscalité contre les petits « possédants » et les retraités au profit des fortunes mondialisées, est fondamentalement malsain,

-          Le « complot des énarques », qui a permis sa victoire, garantit une France suradministrée qui ne se débarrassera pas de son trop-plein de fonctionnaires et de réglementation

-          L’ampleur des soutiens occultes à sa campagne en fait un président obligé de lobbies puissants.

Le pire, en fait, est sans doute le déséquilibre de la constitution française. Sa qualité est de donner un chef au pays et de fixer une ligne politique générale. Mais les contre-pouvoirs et les obligations de préparer, de confronter, de polir, d’amodier, de rendre convenables les mesures prises sont trop faibles. Espérer en une cohabitation est absurde.

Il y a un absolutisme du néant et du superficiel dans la constitution voulue par le Général de Gaulle dont il n’avait certainement pas mesuré l’incidence. La démocratie d’écuries présidentielles est aussi rapidement une république d’incurie gouvernementale.

L’absolutisme présidentiel, avec évacuation partielle du pouvoir vers l’Europe et les régions, peut-il aboutir au redressement national dans un contexte de succès électoral basé sur la démagogie de l’achat de vote mâtiné par le sentiment qu’un peu de modération serait souhaitable ?

On est sorti heureusement d’une course à l’échalote entre droite et gauche de gouvernement sur fond d’impuissance générale, qu’aurait caractérisé un nouvel affrontement Sarkozy-Hollande, pour entrer dans une zone de flou et de brouillard parcourue de courts-circuits donnant une impression d’éclairs.

La situation présente le double risque du n’importe quoi tous azimuts, et du règne occulte de certains lobbies. Et la chance d’une obligation de recherche d’accords de fond pour pouvoir gouverner un peu sérieusement.

Malheureusement le risque est plus fort que la chance. On peut penser que seul le passage à un véritable système présidentiel où les pouvoirs du président seraient équilibrés structurellement par ceux d’un véritable Parlement, puisse aider à surmonter cette triste réalité.

On risque donc de constater à nouveau « le contraste entre l’immensité du pouvoir d’un homme qui a tous les moyens d’agir et une pseudo-communication d’esquive, d’éloge intarissable de soi-même, de reconstruction rétrospective de la réalité, de mise au pas, de revanche et de réprimandes », comme le remarquait, il y a près de trente ans, J. F. Revel. Contraste qui a été porté au plus haut par François Hollande.

On verra dès les premiers six mois si Emmanuel Macron glisse avec dilection sur ce toboggan. La fête à la Rotonde marque un début de dérapage.

Les Français ont voulu croire dans une période sinistre que « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ». Seulement voilà : l’organisation économique mondiale est dysfonctionnelle ; l’organisation européenne l’est aussi ; et la guerre islamiste est en cours. Si une nouvelle crise mondiale frappe, si l’Europe se bloque et si les attentats repartent de plus belle, on ne voit rien, dans le programme et les équipes de M. Macron, qui permette de faire face.

Le journalisme bananier

Il est toujours intéressant de relire des livres de prospective avec trente ans de de retard. En général l’avenir n’a pas été celui prévu mais pas toujours. Alvin Toffler a parfaitement vu que la révolution des médias qui s’esquissait n’allait pas dans le bon sens et il ne connaissait pas Internet.  Il ne voyait pas dans la multiplication des canaux un vrai progrès mais un risque de révolutionnarisme permanent de la bassesse, armée par l’émotion, indéfiniment fractionnée et empêchant toute conduite politique d’un pays particulier. Il avait raison. Le spectacle donné par les médias lors des présidentielles françaises de 1917 porte témoignage d’une dégradation des mœurs journalistiques qu’il convient d’analyser. Pour le dire avec un peu de cruauté : de même qu’il y a des républiques bananières, ne doit-on pas constater l’émergence d’un journalisme bananier ?

Qu’est-ce qu’une république bananière sinon un « régime » où la volonté populaire ne peut plus s’exercer tant la corruption des mœurs politiques bloque la libre circulation des idées, l'honnêteté des actions et la rationalité des mesures prises. Plus rien n’a de sens. Dans la folie générale aucune politique n’est plus possible.

Qu’est-ce qu’un journalisme bananier sinon un journalisme où l'honnêteté a fui, où les seuls intérêts immédiats jouent, où plus personne ne croit à un minimum d’objectivité, où les langues et les plumes sont totalement serves et où cette servitude n’est même pas le fruit d’une oppression idéologique ou autre mais naît de la simple envie de ne pas risquer son poste dans un milieu qui nourrit bien et permet, à peu de mérite, de cumuler notoriété et prospérité.

À côté du « mur des cons » qui fait si bien dans le décor politique français, ne devrait-on pas inventer un « mur de la banane » où serait épinglée la crème des journalistes bananiers ?

On n’évoquerait pas cette question dans un blog économique si les conséquences économiques ne risquaient pas d’être gravissimes. Pour un journaliste bananier, l’économie est l’ennemi qui a honteusement envahi l’espace politique. Alors il a fallu l’évacuer avec beaucoup de férocité et de perversité, pour permettre au n'importe quoi et au n’importe qui de s’installer en maître.

Prenez BFM, pour l’ensemble de son œuvre ! Tant d’application dans la malhonnêteté intéressée laisse pantois. On sait que M. Drahi, franco israélien expatrié, résident suisse couvert de dettes, qui vient de racheter la chaîne, évidemment à crédit, a encore besoin de M. Macron (République Bananière) qui l’a aidé dans sa conquête problématique. Tous les journalistes (bananiers) de la chaîne vont donc, dans la joie et le bonheur, se lancer dans la défense et l’illustration de M. Macron avec des finesses d’éléphant qui feront la joie de ceux qui voudront écrire une thèse de plusieurs milliers de pages sur la malhonnêteté dans les médias.

Absolument toutes les réunions publiques de M. Fillon, par exemple, auront été présentées par un « correspondant sur place » qui décrira une salle vide et une assistance décevante, divisant par trois, quatre ou cinq le nombre de présents comptés par les organisateurs. Le comble sera la couverture de la réunion de la porte de Versailles où la caméra de BFM s’attachera à filmer le hall d’entrée, évidemment vide, ayant permis d'accéder à la salle de la réunion où se pressaient entre 15 000 et 25 000 personnes. Comme il fallait bien donner quelques images de la salle bondée, le « journaliste » indiquera que l’organisateur utilisait une caméra truquée qui permet de « faire semblant qu’il y a du monde » !

Le sommet de l'objectivité « drahie » sera naturellement le sondage fourni par l’officine douteuse dont M. Drahi finance les services (ELABE : Essai LAmentable de BErner) pour expliquer que, lors de la confrontation de tous les candidats, c’était M. Macron qui avait gagné le débat avec plus de 10 points d’avance sur le suivant, alors qu’il était clair que Mélenchon avait marqué les esprits, ce que confirmeront tous les autres instituts et la suite de la campagne, Macron fléchissant aussitôt après le débat dans tous les sondages.

Un tel plongeon dans la propagande indécente (saloper l’image de l’un, glorifier l’image de l’autre) ne s'était plus vu depuis l’URSS, et en tout cas jamais dans une démocratie.

« C dans l’air », sur la 2, comme France-Inter, a fait beaucoup d’effort pour donner au concept de journalisme bananier un contenu épatant et complet.

Ce n’est pas tant la jouissance extrême montrée par les deux animateurs de l’émission, Caroline Roux et Bruce Toussaint, à « se payer le Fillon » à longueur d’émission quotidienne (plus de 50 émissions à faire du vent mauvais sur Fillon et « les affaires », et près de 50 heures passées en trois mois à cet intéressant exercice de destruction d’image), ni le fait qu’on a vu arriver sur le plateau d’illustres inconnus(e)s recruté(e)s uniquement pour dégoiser sur le même candidat, qui font réfléchir sur l’état de totale déliquescence d’une partie de la presse et des médias, mais un incident qui est sans doute passé inaperçu de tous.

Lors d’une rare émission non consacrée à détruire du Fillon, la question est posée aux présents : quel est le programme le plus susceptible de relancer l’emploi. En fait tout le monde sait qu’il en a qu’un seul qui présente une petite chance d’avoir un réel effet : justement celui de Fillon.

Rappelons rapidement pourquoi cet avis n’est pas une simple opinion. L’économie a des droits !

Dans un système où le change ne peut plus être manipulé, et où il est irréaliste, compte tenu de la situation très dégradée de la situation financière du pays, d’abandonner l’Euro sans conséquences gravissimes, la seule solution est de revenir sans faiblesse sur toutes les mesures accumulées qui ont tué la compétitivité française : gonflement apocalyptique des effectifs publics, et donc des impôts et charges, diminution des temps de travail, hebdomadaires, annuels et sur l’ensemble du cycle de vie, réglementations étouffantes et absurdes des relations du travail, préférence pour le chômage un peu partout. On ne peut rien redresser sans augmenter le temps de travail dans les fonctions publiques, sans revenir drastiquement sur les effectifs démesurés notamment dans les régions et les collectivités locales, sans transférer une partie des charges non spécifiquement liées à la production sur la TVA pour les sortir de la formation de nos propres coûts de production nationaux, sans revenir à une imposition du capital non spoliatrice permettant de libérer l'investissement, …

Les prélèvements publics en France sont égaux à la valeur ajoutée des entreprises non financières privées de plus d’une personne (en un mot les entreprises privées). L’État français prélève 100 % de ce que le secteur privé français produit ! Intéressant, non ? N’espérez-pas que ce constat soit fait un jour à la télévision. C’est interdit : pour travailler dans le milieu il faut crier vive l’impôt et vive la merveilleuse dépense publique (qui finance les avantages fiscaux des journalistes et qui permet aux journaux et aux chaînes de survivre). Le journalisme bananier a une dimension fiscale marquée !

Cette réalité a une conséquence que le quinquennat de M. Hollande a soulignée : il faut spolier fiscalement les Français pour réduire la glissade dans la dette, saquer drastiquement les subventions aux collectivités locales et fermer les dépenses des ministères et notamment celui de la culture. Hollande l’a fait sans se vanter : qui sait que les crédits pour le patrimoine sont passés de 1.2 milliards en 2010 à 750 en 2015 ? Couper presque en deux des crédits de la Culture ! Imaginez les réactions des journalistes bananiers si une telle glissade s’était produite sous une présidence de droite ? Qui sait que la francophonie est à l’abandon ainsi que toute l’action culturelle du Ministère des Affaires Étrangères ? De nombreux ministères centraux sont ainsi à l’os pour conserver des conditions de salaires, de durée de travail, de retraites totalement intenables. Tout en ruinant le secteur privé en sous-investissement permanent depuis des lustres. Et en laissant filer une dette aggravée et heureusement refinancée sans frais grâce à la BCE. Pour l’instant.

La vulnérabilité de la France est plus que certaine. Nous sommes à quelques encablures de la falaise grecque. Si on s’y fracasse, c’est là que le pays va « cracher le sang ».

Le plan Macron n’a de crédibilité ni politique ni économique, même s’il va dans une meilleure direction que les autres programmes socialistes (Le Pen, Mélenchon, Hamon, Poutou, Arthaud). On ne peut pas réussir une politique sérieuse en faisant le grand écart entre Madelin et Hue, avec des demi-mesures enrobées dans du pur baratin lénifiant, et sans soutien cohérent au Parlement.

Tout cela est tellement évident, qu’aucun « expert » même autoproclamé, même bouffé par l’esprit partisan, même attaché à l’OFCE de Sciences Po, ne peut répondre à la question posée sur le meilleur plan de lutte contre le chômage autre chose que : « le plan Fillon », nécessaire même si non-suffisant.

Dessertine a failli le faire et il s’est brusquement arrêté sentant que la réponse ne serait pas admise et qu’il risquait de ne plus jamais revenir. Alors le voilà qui explique qu’on ne peut pas répondre à la question sans dévoiler son vote et que par conséquent il ne le fera pas ! Gêne générale sur la planète des singes. Suivront cinq minutes grotesques où chaque brillant journaliste bananier ira de sa suggestion anorexique, cherchant quelques microbiques mesures pouvant présenter « un potentiel » pour l’emploi dans les programmes des candidats « convenables ». On n’ose pas faire la liste de ces suggestions ici pour ne pas couvrir de plus de ridicule ces glorieux intervenants (Lenglet, Fressoz, et un certain Bernard Vivier).

Le plus drôle est naturellement que le sondage express fait par la chaîne pour appuyer l’émission démontrait de façon formelle que la très grande majorité des auditeurs pensaient que le programme Fillon était le meilleur pour l’emploi ! Cela ne sera pas dit à l’antenne…

Le citoyen spectateur n’a pas eu le choix durant cette campagne. Où qu’il s’est tourné sur les radios et les télés, il est tombé sur le même mur bananier, interdisant toute réflexion sur les programmes.

On n’est pas couché (mais vautré dans la bananeraie), sur Antenne 2, a atteint des sommets dans l’exercice de l’évitement de toute réflexion politique objective, en réunissant ses anciennes doublettes de « chroniqueurs », pour maltraiter les candidats n’ayant pas la bonne idée d’être « vraiment de gauche ». Quasiment toutes ces éminences, sauf peut-être Zemmour, ont vu :

-        De la « sincérité » dans les propos de Mme Arthaud, « agrégée » d’économie et donnant au passage la mesure du niveau de cette agrégation, dont la langue de bois rancie par 75 ans de pratique communiste pro génocidaire est pourtant un modèle d’insincérité,

-        De la « fraîcheur » dans les propos de M. Poutou dont la langue est du même bois que la précédente et le discours tellement convenu qu’il nous ramène également 75 ans en arrière, une belle fraîcheur.

-        De la « gentillesse » désarmante chez M. Hamon, alors que toute sa campagne a été passée à stigmatiser des démons, des traîtres, …

Pour Fillon, à l’exception du vieux briscard de Zemmour qui sait la politique et en a vu d’autres, on eut droit à la vomissure habituelle. « Vous vous rendez compte, Mme Michu, il a fait travailler sa femme comme 220 autres parlementaires en tant qu’attachée, et s’est fait offrir des costumes un peu chers par un type douteux, mais moins de costumes Arnys que Mitterrand tout de même. En plus il a osé créer une société de conseils, comme une centaine d’autres. Hou le vilain ! Même pas la peine de parler de son programme ». Même la brave Polony s’est crue obligée d’aller de son couplet, expliquant que son programme était ringard car dignes des années soixante-dix ! Elle a soudain compris que le mondialisme financier mettait à vif les rouages économiques français. Donc il n’y avait plus de solutions de droite. Seulement un retour au Franc et au nationalisme étatique ? Heu ! Ben ! Heu ! L’important, c’était de hurler avec les loups et de filer un coup de pub à une création journalistique méritante, mise en ligne par ses soins, peu de temps avant, sur Internet (ce Fillon quel cupide !).

Macron a posé quelques problèmes de conscience à ces âmes d’élite. On sait que pour Ruquier, Macron souffre comme Hollande d’un grave défaut : les artistes ne l’aiment pas et veulent « une gauche vraiment de gauche ». La loi Macron2, rebaptisée en El Khomri pour épargner le favori du Président, et la déchéance de nationalité, indignent ces âmes étincelantes comme un linceul argenté (Le contrepet Ruquier l’a rendu milliardaire). Seulement voilà, il ne faut pas insulter l’avenir quand les sondages font de Macron le gagnant obligé des prochaines élections. Alors, ce fut drôle. Comment dire : « il n’est pas assez de gauche » tout en affirmant que : « ce n’est pas trop grave » ? Un exercice de style qui a donné au journalisme bananier ce vernis français si caractéristique.

Le grand homme, c’était naturellement Mélenchon. Pour le coup même Zemmour était séduit. Il parle français, lui, pas comme tous ces jeunes bobos qui croient que la Guyane est une île. Et puis il est contre l’Europe, enfin presque. Bien sûr, il a été pris dans une malheureuse affaire d'emploi fictif et le népotisme en faveur de sa fille fait toujours jaser. Mais on ne va pas lui faire subir le traitement Fillon, d’autant plus qu’il est bien plus riche que Fillon et paie l’ISF. À peine si les moins soumis se sont laissés aller à remarquer que dans l’euphorie de l’élan sondagier, le nouveau héros poly holographique avait un peu tendance à oublier son attachement au chavisme et au castrisme, deux bavards ruineux du même métal que lui et qui ont fait tant de bien à leur peuple. La prospérité, la dignité et la sécurité, dans ces paradis mélenchoniens,  sont devenues, elles, totalement holographiques. Une tranche fiscale à 100 % du revenu en revanche, cela, c’était bien. Enfoncé Hollande et ses 75 % qui font rire encore aujourd'hui de la France partout dans le monde.

Restaient les « gaullistes » souverainistes, vent debout contre la Finance, l’Europe de Maastricht, l’Euro et même l'Otan. De la valetaille qui arrivera bien à enlever 5 % de voix à Fillon, « ce qui est le principal », dira Mme Pulvar, l’ancienne petite amie plaquée d’un ex-ministre de l’économie promoteur de la qualité vraiment française et socialiste, converti dans le meuble étranger « low cost ». À propos, quelle était l’ancienne définition d’un journaliste objectif ?

Après ces quelques heures, si le bon peuple n’est pas parfaitement informé sur les enjeux de l’élection, c’est à décourager du journalisme bananier de compétition.

Le plus drôle : si le second tour voit Le Pen et Mélenchon s’affronter, ils diront qu’ils ne comprennent vraiment pas comment cela a été possible. Mais si, ils ont déjà la réponse ! C’est à cause de ce satané Fillon qui a pollué le scrutin avec ses costumes.

En fait plus rien ne sera drôle. Qui, jamais, a prétendu qu’une république bananière ou son journalisme du même fruit, soient drôles ?

Le « mur des cons » non plus n’était pas drôle.

La falaise grecque le sera encore moins.

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